Je ne suis pas écrivain. Je suis responsable de l’équipe de jour sur notre plateforme d’Anvers et ce qui, chez moi, ressemble le plus à un calendrier de publication, c’est le cahier de consignes de la relève. CargoDuo m’a demandé si je voulais dire deux mots sur ce qui a changé sur l’axe Anvers-Hambourg depuis qu’on est passés à leur outil de plan de chargement, l’automne dernier. J’ai dit oui, à une condition : qu’on ne me retouche pas les passages où ça s’est mal passé.
Six mois plus tard, on fait quatre camions par jour sur un axe qui en demandait cinq. Mêmes clients à Hambourg, mêmes marchandises au départ de la plateforme, mêmes créneaux de livraison. Rien de génial là-dedans. Les camions sont juste mieux remplis.
L’axe Anvers-Hambourg en chiffres
L’axe Anvers-Hambourg est l’un de nos plus anciens. Cinq camions par jour, du lundi au vendredi, essentiellement des palettes mixtes pour des plateformes de la grande distribution du nord de l’Allemagne. Avant CargoDuo, notre exploitante montait les chargements dans un tableur hérité de l’exploitante précédente, qui le tenait elle-même de celle d’avant. Ce fichier était plus vieux que mon petit dernier.
Ces chiffres sont réels. Ce ne sont pas des chiffres de plaquette CargoDuo. On les a sortis de notre propre TMS et de nos cartes carburant, puis recoupés avec le responsable de l’axe. Les 168 k£ sont nets de l’abonnement, ce que mon service financier m’a demandé de préciser.
Ce qu’on avait essayé avant
Autant le dire tout de suite : ce n’était pas notre premier essai. En dix ans, on a tenté au moins trois autres choses pour gratter quelque chose sur cet axe. Aucune n’a tenu.
- Un consultant est venu deux semaines en 2018 et nous a bâti un modèle sous PowerPoint. Le modèle disait qu’on pouvait passer de cinq camions à quatre. Il ne disait pas comment.
- En 2021, on a essayé le module de chargement d’un gros éditeur de TMS. Beau logiciel. Il ne comprenait pas quelles palettes devaient sortir en premier, ni à quel point de livraison. Notre exploitante l’a lâché au bout d’un mois.
- En 2023, on a fait un essai « zéro chargement mixte ». Magnifique sur le papier. Ça a failli nous coûter cher le jour où la commande d’un client a bougé de deux palettes et où il ne nous restait aucune souplesse.
Si je les cite, c’est que vous avez sans doute, vous aussi, tenté quelque chose avant de regarder l’idée s’éteindre doucement. L’histoire que je raconte ici, ce n’est pas « achetez un logiciel, le problème disparaît ». C’est plutôt : la quatrième tentative a fini par marcher, et voilà ce qui, cette fois, était différent.
« Avec le tableur, je connaissais la réponse avant de commencer. Avec le nouvel outil, on me propose des choses que je n’aurais jamais tentées. Certaines sont mauvaises. Les bonnes sont vraiment bonnes. »
La semaine où on a changé de méthode
On a fait un pilote d’une semaine sur l’axe de Hambourg, en novembre. Notre exploitante a monté chaque chargement deux fois – une fois dans son tableur, une fois dans le nouvel outil – et on partait avec le plan qui lui inspirait le plus confiance. Dès le mercredi, elle faisait la version tableur par acquit de conscience, juste pour avoir quelque chose à comparer.
Le jeudi après-midi, CargoDuo a proposé un plan à quatre camions là où on en aurait normalement sorti cinq. On s’est disputés pendant une heure. La dispute a servi : elle nous a obligés à écrire noir sur blanc pourquoi cinq nous semblait le bon chiffre. Les raisons tenaient en deux phrases : « on a toujours fait comme ça » et « on se sent plus tranquilles ». Aucune des deux n’a résisté à la séquence de déchargement réelle.
Le vendredi, on a fait partir quatre camions. Ils sont arrivés à Hambourg dans les créneaux. Personne ne nous a appelés. Notre exploitante est rentrée chez elle et n’a pas ouvert sa boîte mail du week-end, ce qui, chez elle, ne s’était jamais vu.
Le chiffre du temps de planification nous a surpris. La baisse du nombre de camions et la hausse du taux de remplissage, on les attendait. En revanche, on ne s’attendait pas à voir la matinée de notre exploitante passer de quatre-vingt-dix minutes à vingt-cinq. Ce changement a fait boule de neige : elle a désormais le temps de gérer proprement les cas particuliers, ceux qu’on bâclait avant.
Ce qui a changé sur le quai
Je veux parler de l’équipe de quai, parce que c’est là que meurent les nouveaux outils. La plupart des logiciels de planification qu’on a essayés au fil des ans amélioraient la vie de l’exploitation et dégradaient celle du quai. Les plans descendaient compliqués, dans un ordre qui ne correspondait à la façon dont on prend réellement une palette, et les caristes les mettaient de côté sans rien dire.
CargoDuo imprime un schéma de placement des palettes, un par camion. C’est le même format papier qu’on a toujours utilisé, simplement mieux organisé. L’ordre de chargement respecte la façon dont nos chariots élévateurs se déplacent vraiment : les palettes de fond de remorque d’abord, celles de la porte en dernier, et plus un seul moment « maintenant, retournez tout le chargement ». Ça a l’air de rien. Ce n’est pas rien.
« Le papier est cohérent. C’est ça qui a changé. Je ne me bats plus contre le plan. »
Notre cariste de l’équipe de jour est chez nous depuis neuf ans. Quand il dit qu’il ne se bat plus contre le plan, c’est la meilleure note que ce côté-ci du métier puisse donner.
Ce que personne ne nous avait dit
Rien n’est gratuit. Plusieurs choses nous sont retombées dessus :
- Le premier mois a été plus dur que le tableur, pas plus simple. Notre exploitante a dû apprendre l’outil, le quai a dû apprendre les nouveaux papiers, et les chauffeurs ont dû s’habituer à un autre ordre de chargement. La productivité a baissé avant de remonter.
- Les mauvaises données de base sont devenues visibles. Les cotes de certaines références étaient fausses dans le WMS. Avec le tableur, on ne le voyait jamais : l’exploitante « savait ». CargoDuo, lui, ne sait pas. On a passé trois jours à remesurer des palettes au mètre ruban.
- Un client n’a pas aimé le changement. Son équipe de réception avait ses habitudes avec une disposition précise dans la remorque. La nouvelle disposition était meilleure, mais différente. On leur a envoyé des photos pendant deux semaines, jusqu’à ce qu’ils arrêtent d’appeler.
- Le cinquième camion faisait vivre quelqu’un. En supprimant une rotation quotidienne, on a fait perdre des journées à notre chauffeur de renfort. On a eu une conversation franche avec lui et on l’a basculé sur un autre axe. Ça mérite d’être dit tout haut, parce qu’aucune plaquette n’en parle.
Est-ce qu’on le referait
Oui. On lance le pilote sur l’axe de Lyon le mois prochain, et sur les remorques vers le Royaume-Uni à l’automne. J’ai deux conseils si vous y réfléchissez pour votre propre axe.
D’abord, prenez un seul axe et faites-le tourner en parallèle de ce que vous faites aujourd’hui. Ne basculez pas une plateforme entière d’un coup. On a appris plus en une semaine de double planification que dans n’importe quelle démonstration.
Ensuite, parlez à votre équipe de quai avant de parler à l’éditeur. Un plan ne vaut que ce que valent les gens qui l’exécutent. Si vos caristes n’y croient pas, le plus beau schéma 3D du monde ne vous sauvera pas. Les nôtres y ont cru parce que le nouveau papier leur a raccourci la journée, pas rallongé.
Je ne suis pas la bonne personne pour vous dire si l’algorithme qui tourne dans CargoDuo est le meilleur du marché. Je n’en sais rien et ça m’est égal. Ce que je peux dire, c’est que, pour la première fois depuis que je tiens ce quai, le logiciel de planification me simplifie vraiment le travail.